Dans mon livre, « le modélisateur[1] », le chapitre 3 est consacré à l'approfondissement de la modélisation des processus. Devant la diversité et la richesse des thèmes qui peuvent être abordés, je décide aujourd'hui d'apporter un certain nombre de prolongements au livre Le modélisateur sous forme de fiches thématiques.
J'ai choisi ici d'approfondir les possibles interactions entre les instances d'un processus. Je définis comme « instance de processus » le parcours unitaire d'un produit dans un processus, produit qui se transforme tout au long du processus, de la matière entrant dans le processus jusqu'à aboutir au produit du processus. Généralement, le processus est constitué de n instances qui le parcourent successivement. Je définis comme « interaction entre instances » toute interaction entre les produits qui parcourent le processus.
Un premier cas d'interaction, très fréquent, est celui du traitement par lots. Le produit transformé par le processus est alors un ensemble de produits unitaires traités en lot. Un second cas, également fréquent, est dû à des débits variables dans le processus, créant des goulets d'étranglement et des files d'attente[2]. Un troisième cas se réalise lorsqu'il y a des branches et cheminements multiples disponibles dans le processus. Les produits peuvent se croiser ou entrer en collision aux points de rassemblement des branches. Un autre cas se présente également lorsqu'il y a des dégroupements - regroupements[3] lors de mises en parallèle d'activités dans le processus. Les discontinuités dans le processus[4] peuvent également créer des interactions entre instances, sans oublier le pire des cas : la gestion des priorités.
J'ai exclu de cette analyse le phénomène de rémanence[5] entre instances qui pose toute la problématique de la répétabilité et de la maîtrise de la variabilité dans un processus.
Le traitement par lots:
Le produit transformé par le processus est un regroupement de produits élémentaires appelé « lot ». A chaque opération du processus, le lot est traité comme un paquet, un ensemble. En réalité, au sein de chaque opération, les éléments du lot sont traités en série, de manière plus ou moins organisée et le lot est reconstitué avant de passer à l'opération suivante.
De plus, dans bien des cas, des opérations de dégroupements - regroupements sont nécessaires en début et fin d'opération (cf. les dégroupements - regroupements)
Le suivi des produits est généralement assuré au niveau du lot, ainsi que la traçabilité.
Les instances, c'est-à-dire les éléments du lots sont traités ensembles, solidaires et indissociables mais que se passe t-il aussi lorsqu'un des éléments du lot est rebuté ? Le lot change t'il de taille ? Est-il complété ? Mais comment ?
Les interactions possibles sont :
Comportement des éléments du lot à l'intérieur d'une activité, dont le dégroupement - regroupement,
Perte d'un élément du lot, changement de taille ou reconstitution d'un lot incomplet
Les débits variables, goulets d'étranglement et files d'attente:
Dans un processus, il est difficile de réguler les temps de traitements de manière à ce que le débit du processus soit constant. Il y a souvent des phénomènes de « goulets d'étranglements » et l'obligation de réguler le flux par des inter opérations se traduisant par des files d'attentes.
Les interactions possibles sont :
La création de files d'attentes, leur constitution, leur gestion.
Les branches et cheminements multiples:
Lorsque le processus offre des alternatives multiples, dans la plupart des cas, les temps de parcours des différentes branches sont inégaux. Une instance qui précède initialement une autre instance peut se faire doubler par cette autre instance qui emprunte une branche plus rapide ; ou bien, au point de raccordement des branches, créer une collision.
Les interactions possibles sont :
Les changements d'ordre de passage des produits des instances
La collision aux points de regroupement
Avec des problèmes sous-jacents de comptage aux points de passage, perte de traçabilité, attentes imprévues...
Les dégroupements et regroupements:
Les opérations de dégroupement et de regroupement défont et refont les lots. Les produits se retrouvent dans des zones d'attentes et de tri, voire de conditionnement / déconditionnement. Un des risques les plus important est de perdre la traçabilité des produits du lot.
Les interactions possibles sont :
La création de dégroupement - regroupement, leurs constitutions et leurs gestions
Les discontinuités dans le processus:
Lorsqu'une instance de processus est interrompue ou qu'une autre est reprise, les flux des instances environnantes s'en trouve modifiés.
Pouvant intervenir à n'importe quel point du processus, les discontinuités peuvent engendrer tout ou partie des phénomènes précédemment décrits, avec le handicap supplémentaire de pouvoir intervenir n'importe où ou n'importe quand dans le processus.
La gestion des priorités:
Ce cas très particulier est très prisé des entreprises. Il s'agit de privilégier certaines instances de processus en leur appliquant une « priorité » qui leur permet de passer avant les autres instances, souvent au détriment de leur traitement qui se trouve alors suspendu. L'application de priorités peut engendrer des discontinuités, perturber les lots et les dégroupements - regroupements, faire apparaître des goulets d'étranglement ainsi que des zones de stockage ou d'attente nouveaux. En bref, la gestion des priorités déstructure le processus à tout coup et à tout coût !
Elle peut être assimilée au phénomène de discontinuité étudiée précédemment.
En résumé :
La probabilité d'apparition d'interactions entre instances est non négligeable. Il est donc souhaitable d'anticiper de tels phénomènes notamment en organisant :
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- les attentes et les regroupements/dégroupements potentiels (ne serait-ce que par la mise en place de règles applicables en cas d'apparition de tels besoins);
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- les conditions des arrêts et reprises d'instances interrompues;
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- une traçabilité robuste à toutes les perturbations décrites précédemment.
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[1] Le modélisateur - de la modélisation des processus, Dominique Thiault, 2007, Collection Hermès Sciences.
[2] Ibid., page 159, § 3.10.1 L'attente
[3] Ibid., page 163, § 3.10.4 Les dégroupements et regroupements.
[4] Ibid., page 165, §3.11 Les discontinuités du processus.
[5] L'effet de rémanence peut être bon ou mauvais. Un bon effet, par exemple, est l'effet d'apprentissage : les instances précédentes permettent à l'opérateur d'améliorer son travail, ce qui bénéficie aux instances à venir (gain de temps, de qualité...) Un mauvais effet est l'effet de lassitude ou de fatigue qui entraîne une dégradation du traitement au fur et à mesure des instances qui passent. Dans tous les cas, on ne peut pas dire que les instances amont sont sans effet sur les instances aval, que ce soit volontaire et instrumenté ou non. Ce qui est vrai pour l'opérateur est vrai pour tous les autres facteurs influençant les activités du processus : moyen, milieu, ...
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